Pierre Vialar (promo 2014), un docteur dans le monde industriel

Aujourd’hui nous vous proposons le témoignage de Pierre Vialar, promo 2014, qui nous partagera son parcours atypique, depuis sa thèse en cotutelle au Canada, à son arrivée dans l’industrie du papier, un domaine inconnu pour lui.

Il délivrera un vrai message d’espoir à tous les élèves et diplômés en recherche d’emploi, en donnant ses conseils pour décrocher le job de vos rêves.


Bonjour Pierre, peux-tu nous raconter ton parcours en quelques mots ?

J'ai été diplômé de l'ENSCBP en 2014, à la suite d’une formation CGP avec une spécialisation IPF

(ingénierie des polymères et formulations) et un master recherche de l’université de Bordeaux (actuellement Master Chimie). Après mes études d'ingénieur, je suis parti en thèse. C'est une décision que j'ai prise dès ma deuxième année d'école, car ce qui m'intéressait le plus, c'était la recherche. Je m'en suis rendu compte durant mon stage ingénieur chez Nuplex Resins BV (aujourd’hui Allnex), aux Pays Bas. Là-bas, j'ai appris que pour travailler en recherche dans le milieu industriel, il fallait absolument avoir un doctorat. J'ai alors orienté ma troisième année à l'école en ce sens, notamment en effectuant mon stage de spécialisation au laboratoire NsysA (Nanosystèmes Analytiques, dépendant de l’ISM), au premier étage de l'école sous la direction de M. Sojic et Mme Ravaine. J'ai ensuite cherché une thèse, que j'ai trouvé en 2015 au CRPP (Centre de Recherche Paul Pascal à Pessac) en cotutelle avec l'Université de Montréal, au Canada.

Je travaille aujourd'hui dans l'industrie du papier, chez Kadant-Lamort, spécialisé dans le pulpage et le repulpage de la cellulose de différentes sources (vierge, recyclée). Je suis sur plusieurs projets en simultanés, comme le développement d'un nouvel additif biosourcé pour remplacer de la chimie pas très verte, ou l'amélioration de l'extraction des fibres de cellulose dans les boues de recyclage.

Nous avons déjà abordé le sujet de la thèse dans d'autres interviews "Lumière sur". En quoi penses-tu que ton expérience est différente des autres ?

En France, une thèse se fait en trois ans. Pour poursuivre au-delà des trois ans, les démarches sont compliquées, et il faut avoir une vraie raison valable pour prolonger sa thèse. Au Canada, les thèses sont basées sur le système américain : il n'y a pas de limite de temps à une thèse, ni de minimum, ni de maximum. Elles peuvent durer jusqu'à sept, huit ans… J'ai même rencontré un doctorant qui en était à sa onzième année ! Théoriquement, les thèses peuvent se faire en trois ans, mais il y a tellement de choses à faire en parallèle que la faire en si peu de temps serait la bâcler ! La charge de cours à suivre est plus importante qu'en France, et les examens comptent beaucoup. Un échec aux examens ? Tu peux rentrer chez toi et arrêter ta thèse ! Il faut aussi savoir qu'au Canada, les doctorants ont un statut étudiant, éligible à la bourse, sauf que celles-ci sont peu élevées, tout juste de quoi se loger, manger, et payer les frais d’inscriptions (incomparables à ceux en France) ! L'enseignement et l'encadrement de TP permettent d'arrondir les fins de mois, mais cela prend beaucoup de temps sur la recherche.


Pour ma part, j'ai effectué huit mois de thèse en France puis je suis parti la poursuivre au Canada. J'ai réussi à condenser mes 1 an de cours en uniquement six mois, puis j'ai été exempté d'encadrement de TP de par mon statut de thèse en cotutelle et l'impératif français de terminer en trois ans.

La cotutelle est vraiment un système particulier, où il faut jongler avec deux systèmes incompatibles, avec des statuts différents selon le pays, et ce, sans aide de personne (à l’exception de mes directeurs de thèse dans mon cas) ! Mais malgré ce parcours du combattant, je suis aujourd'hui diplômé des deux universités. Il y a donc une sacrée récompense au bout ! Surtout que, pour ceux que ça intéresse, il y a possibilité de décrocher un permis de travail au Canada après la remise de diplôme (et par extension la résidence permanente et même la citoyenneté).

Je conseille donc à tout étudiant souhaitant se lancer dans l'aventure de bien se renseigner et de contacter des personnes étant passé par là !

Qu'as-tu fait une fois ton doctorat terminé ?

La suite de l'histoire est assez drôle ! Après ma thèse, j'ai fait un an de césure. Tandis que la plupart de mes amis doctorants partaient voyager et découvrir le monde, j'ai travaillé durant six mois chez Micromania, un célèbre magasin de jeux vidéo, en tant que vendeur. A l'opposé de ce que je connaissais, cette expérience m'a permis de remettre les pieds sur terre et de côtoyer "le commun des mortels", après avoir passé quatre ans avec des personnes "très diplômées", ayant tous la même vision du monde. Ce CDD, vite devenu CDI, m'a fait comprendre ce qu'était le monde réel et m'a fait une vraie coupure avec le domaine scientifique, ce dont j'avais besoin. Je venais de passer beaucoup de temps seul, enfermé dans un laboratoire, alors être derrière un comptoir toute la journée, à aller chercher l'attention du client, cela m'a beaucoup amusé, et j'ai gagné en aisance à l'oral.

Comment as-tu rejoint le domaine industriel, dans lequel tu travailles aujourd'hui ?

J'ai démissionné de Micromania durant l'été 2019. J'étais déterminé à faire de la recherche industrielle plutôt qu'académique, car cela me correspond davantage d'un point de vue durée des projets. Après plusieurs mois de recherche, je suis tombé sur une annonce qui demandait spécifiquement un ingénieur docteur ; c'était la première fois que je voyais ce titre pour un job ! Le poste demandait d'être calé en mécanique des fluides, pour le développement et l'installation de nouvelles machines dans l'industrie du papier. Pas du tout mon domaine ! Mais après tout, la cellulose est finalement une forme de polymère naturel ! J'ai donc postulé et ai été retenu pour un entretien. La première question qui m'a été posée une fois ma présentation terminée fut "Pourquoi êtes-vous ici ?". Les personnes de l'entreprise étaient très surprises de voir que j'avais postulé à une offre à laquelle je ne pouvais prétendre. Ce qu'ils ont alors cherché à sonder chez moi, c'était ma motivation. Pourquoi cherchais-je un job dans un milieu dans lequel je n'avais aucune compétence ?

J'ai appris depuis que ce qui leur a le plus plu, c'était mon désir de stabilité et la qualité de vie

que je souhaitais offrir à ma famille. Je ne le savais pas, mais le directeur, que j'avais en face de moi, est très porté famille ; j'ai donc touché une corde sensible en parlant de mon mariage alors à venir. De plus, j'adore découvrir et apprendre. Ce poste, je le prenais comme un nouveau défi où je partais de zéro, et ils ont apprécié cette mentalité. J'ai finalement été embauché pour un poste qui n'était même pas à pourvoir ! Avoir un poste créé pour soi, c'est tellement gratifiant !

Quel message souhaiterais-tu faire passer aux étudiants et jeunes diplômés de l'ENSCBP ?

Il ne faut pas s'arrêter aux critères écrits sur une annonce ! Les lignes sur les trois ans d'expérience, il faut les sauter, et si le poste vous plait, il faut foncer ! Je soupçonne les entreprises d'écrire ces prérogatives pour faire une "pré-sélection" dans le caractère des candidats. Mon exemple montre qu'avec de la motivation et de l'intérêt, il est possible de se faire embaucher quelques soient les critères ! Je pense aussi que pour les étudiants qui recherchent en industrie, il faut savoir un minimum lire ce qu'attend la personne en face de toi, et trouver comment l'appréhender. En allant à mon entretien, je savais que j'avais affaire à une entreprise familiale, française, perdue dans la campagne entre Troyes et Reims. Dès le début, j'ai remarqué que chacun de mes interlocuteurs portait une alliance. Mes valeurs familiales allaient donc forcément faire écho.

De plus, dans un entretien d'embauche, il y a toujours une personne qui aura pour but de vous mettre mal à l'aise. Il ne vous dira pas bonjour, puis vous tournera le dos. Son rôle sera de vous déstabiliser, et si vous savez identifier cette personne, vous partez avec un gros avantage. Montrez-lui que vous avez compris son jeu, et allez le chercher, avec votre personnalité et vos compétences transverses.

Enfin, je dirais : soyez unique. Soyez-vous-même. Ne vous préparez pas à outrance pour répondre des questions scientifiques, car vous connaissez déjà votre sujet, et vous saurez y répondre, surtout sous pression. Ne cherchez pas à montrer que vous êtes de bons scientifiques : vous l'êtes. C'est écrit sur votre diplôme. Montrez qui vous êtes, montrez vos goûts, même s'ils peuvent ne pas plaire à tout le monde. Les personnes que vous avez en face de vous savent dès le début si techniquement et scientifiquement parlant vous ferez l'affaire. En revanche, c'est l'esprit et la personnalité qu'il y a derrière qu'ils cherchent à déceler. C’est de ça dont ils ont besoin pour savoir si vous fonctionnerez bien dans leur équipe, et ce que vous pourrez leur apporter !

Un mot pour finir ?

Je vais finir sur une petite réflexion philosophique, pour aider à accepter les échecs. Si vous avez été honnête et franc sur la personne que vous êtes pendant un entretien et que vous n’avez pas été retenu, vous n'avez rien à vous reprocher. Certes, il y a toujours une leçon à tirer, une erreur qui a pu être commise, mais cela ne durera que pendant les premiers. Une fois rodé, confiant(e)s de vos compétences et capacités, ne vous dites pas que c'est de votre faute. Si on ne vous garde pas à cause de votre apparence ou votre personnalité, soyez heureux de ne pas devoir travailler avec des personnes qui ne vous apprécieront pas, qui ne voient pas que l’habit ne fait pas le moine. Je l'ai compris le jour où je suis parti passer mes entretiens avec mes écarteurs aux oreilles !



Un grand merci à Pierre pour ce partage d’expérience et ses conseils ! Si vous souhaitez le contacter, voici son adresse mail : pierre.vialar-trarieux@hotmail.fr


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