[LUMIÈRE SUR] Jean-Pierre STEPHAN, promo 1966, Business Angel

Mis à jour : juin 1



Résumé

Jeudi 15 Avril, l’équipe Lumière Sur s’est intéressée à Jean-Pierre Stéphan, chimiste de la promotion 1966. Riche d’un parcours professionnel international dans le secteur de la chimie fine, Jean-Pierre est aujourd’hui retraité et exerce l’activité de Business Angel. Dans cette interview, il nous parle de son parcours, de son activité et donne quelques conseils aux anciens et futurs diplômés désireux de développer des entreprises ou financer l’innovation !


Décrivez nous votre parcours universitaire :


J’ai tout d’abord passé ma classe préparatoire aux grandes écoles à Paris. Les concours m’ont permis d’entrer à l’ENSCB, où j’ai réalisé mes 3 années de cycle ingénieur.


Je garde beaucoup de souvenirs de cette période, de très bons bien sûr : la vie sur le campus, à la Cité Universitaire, mon activité de président au sein du BDE, nos victoires au rugby et au foot contre les écoles rivales de Toulouse et Montpellier ; mais aussi des moins bons : comme le moment où j’ai perdu un oeil en salle de TP suite à une projection d’éclat de verre. Il faut dire qu’à l’époque, les mesures de sécurité dans le monde de la chimie étaient nettement moins strictes et appliquées : on fumait dans les labos, le port des lunettes n’était pas obligatoire, et il était admis pour les professionnels et enseignants que ce type d’accidents faisait partie des risques du métier !


(Note de l'Équipe Lumière Sur : Pour rassurer nos lecteurs de la génération 66, on a bien évolué sur l’aspect sécurité depuis à l’école et dans le secteur ! L’ENSCBP a été la première école de France triplement certifiée en qualité, sécurité, environnement et a intégré la sécurité dans toutes les étapes de son enseignement : port des lunettes obligatoire, analyse de risque préalable avant utilisation d’une machine, etc.)


J’ai par la suite passé six mois en Californie à l’Université de Berkley puis un an à l’Institut Français du Pétrole - IFP, où j’ai étudié d’abord le raffinage puis la synthèse des additifs pétroliers.


Au terme de ce diplôme, je suis entré dans la vie active. Je suis repassé sur les bancs en 1980/82, lorsque je suis retourné à l’ISEC j’ai passé près de 2 ans à mi-temps à l’ISSEC. Là-bas, j’ai étudié la comptabilité et les méthodes de gestion d’une entreprise. Après plus de dix années de fonction, je me sentais prêt à passer le cap et je voulais créer ou racheter une entreprise. Mais cela ne s’est pas fait tout de suite…


Quels parcours professionnel avez-vous suivi ?


J’ai travaillé plusieurs années pour Stauffer Chemicals (NDLR : entreprise américaine de spécialités chimiques et agro-chimiques, rachetée en 1987 par l'Imperial Chemical Industries). Basé en France, j’étais responsable Technique et commercial et j’intervenais pour les zones Europe, Asie, Moyen Orient et Afrique. J’ai ensuite travaillé pour AKZONOBEL (NDLR : entreprise hollandaise, leader de chimie fine et chimie de spécialités, de peinture, résines et revêtements), en tant que Directeur Général basé en France, j’intervenais sur toute la zone Europe.



En 1992, grâce au soutien d’une société d’investissement, je rachète avec 3 amis (respectivement chimistes et comptable) la société PCAS, filiale d’AkzoNobel qui développe et produit des molécules de chimie fine pour divers secteurs. J’en prends la direction et avec mes 3 partenaires, nous développons nos activités de R&D et de production de molécules destinées à la pharmacie et à la cosmétique. Puis nous introduisons la société en bourse. La société a bien marché et je prends ma retraite 12 ans plus tard en 2004 après avoir revendu mes parts dans la société.

C’est là que mon activité de Business Angel commence : en parallèle d’une activité de consultant en entreprise, je rejoins le collectif Finistère Angels, collectif de Business Angels et je crée Kador : société d’investissement, de « capital développement ».



Qu’est ce qu’un Business Angel ?


C’est une personne physique qui investit à titre individuel au capital d'une entreprise innovante, à un stade précoce de création ou en début d’activité, et met à disposition ses compétences, son expérience, ses réseaux relationnels et une partie de son temps pour accompagner.


Finistère Angels regroupe une cinquantaine de partenaires qui investissent dans des projets porteurs d'avenir pour la Bretagne, tout particulièrement pour le Finistère.


Nous intervenons dans tous les secteurs : énergie, agriculture, industrie agro-alimentaire, pharmacie, informatique, distribution, communication etc. Au sein de ce groupe, je m’intéresse particulièrement aux projets reliés à ma spécialité : la chimie et les biotechs.


Quel est l’intérêt d’un collectif d’investisseurs tels que Finistère Angels ?


Investir dans une start-up est une entreprise risquée : en général, 50% des projets financés se finissent par un échec. C’est pourquoi il est intéressant de répartir le risque entre plusieurs investisseurs, mais aussi d’investir dans plusieurs projets différents.

Lorsque vous êtes Business Angel, vous financez plusieurs start-ups à la fois. Vous les conseillez à l’aide de votre réseau et soutenez leur développement, en espérant que les gains engendrés par les uns surpassent les pertes engendrées par les autres.


Cette question du risque m’a amené à créer Kador : société de capital risque qui investit et soutient des sociétés ayant déjà passé le stade de start-ups, et souhaitant poursuivre leur développement. Les entreprises ont d’ors et déjà fait leurs preuves, et soutenir leur développement est moins risqué.


Par ailleurs, les collectifs de Business Angels vous permettent d’avoir accès à de nombreux projets.


Finistère Angels fait en effet partie d’un réseau national de Business Angels, bien connu des futurs entrepreneurs : France Angels


Qui sont les Business Angels ? Et quelles sont leur motivations ?


Ce sont très majoritairement des entrepreneurs, anciens cadres, et chefs d’entreprises. Généralement retraités, ils disposent d’un capital que n’ont pas les jeunes actifs, et souhaitent l’investir, très souvent dans le secteur dans lequel ils ont évolué au cours de leur carrière.


Après toute une vie professionnelle, ils ont non seulement les connaissances (techniques, secteur, marché, etc.) pour évaluer les projets viables, mais aussi le réseau adapté pour permettre le développement de ceux-ci. Très souvent, ces personnes se sont comme moi épanoui dans leur travail, ont créé leurs propres activités, et souhaitent continuer à s’y investir. Surtout, ce sont des gens qui ont souvent eu une expérience d’entrepreneur et qui veulent aider à la diffusion de cet esprit d’entreprenariat dans notre économie.


Il y a bien sûr aussi des jeunes qui font partie de ces collectifs et investissent en parallèle de leur activité mais ils sont moins nombreux.


Vous indiquez avoir financé des projets variés, pourriez-vous nous en détailler quelques uns ?


Je peux vous décrire quelques succès de Finistère Angels pour lesquels j’ai participé :



  • HEMARINA est une société qui a développé une méthode d’extraction d’une d’hémoglobine purifiée universelle à partir des vers arénicoles (vers de sable). Aujourd’hui, ce procédé est utilisé pour faciliter le transports d’organes destinés aux greffes, et permet de soigner des patients victimes d’insuffisances respiratoires. Cette hémoglobine de synthèse est aujourd’hui envisagée en test clinique pour soigner des patients atteint du COVID-19.



  • ECOTREE est un société proposant aux entreprises et particuliers d’investir dans le bois. Ecotree rachète des forêts existantes en France, les entretient et plante de nouveaux arbres (essences variées) pour les vendre au grand public. A la fin de la période optimale de croissance (et donc une fois le pic de captation CO2 atteint) les arbres sont coupés : d’autres arbres sont plantés et le prix de la vente du bois est reversé à l’acheteur de l’arbre. Ce projet permet d’une part de créer des emplois, restaurer des forêts et la biodiversité, de protéger des terrains de l’expansion urbaine, capter du CO2, et d’investir dans un secteur durable et responsable.



  • MANROS THERAPEUTICS est une société qui développe des molécules pharmaceutique et cible son activité sur l’inhibition des protéines kinases. Ces molécules sont à l’origine des processus de multiplication cellulaire et donc de nombreuses pathologies humaines : cancers et mucoviscidose.


  • MOVE N SEE est une société qui a créé une caméra dotée d’un système GPS qui permet de cadrer en direct les acrobaties des sportifs tels que les surfeurs, cavaliers, etc.

Grâce à Finistère Angels, j’ai l’occasion non seulement de soutenir les projets importants à mes yeux mais aussi de créer des emplois scientifiques hautement qualifiés dans le bassin breton, ma région de naissance.

Je n’ai jamais comptabilisé le nombre d’emplois que nous sommes parvenus à créer, mais à titre informatif, MANROS et HEMARINA représentent aujourd'hui chacun de 30 à 40 emplois.



Auriez-vous des conseils à donner au futurs entrepreneurs et futurs diplômés ?


Un conseil aux anciens porteurs de projets

Dès le début de votre projet (sitôt votre idée et votre 1er business plan détaillés), venez chercher ces réseaux de Business Angels. Les membres qui prendront en charge votre dossier auront toujours une attitude bienveillante, ils respecteront une stricte confidentialité. Ce seront très souvent des anciens chefs d’entreprises capables d’évaluer votre projet ainsi que la viabilité de votre business plan. Vous pourrez aussi bénéficier de leur réseau.


Les collectifs de Business Angels sont très variés : ils peuvent se regrouper par région, par ville, secteur d’activité, etc. Aussi, contactez directement le réseau France Angels, qui saura vous rediriger vers les bons interlocuteurs !



Un conseil pour les futurs diplômés et jeunes actifs qui hésitent à se lancer

Dès que vous avez une bonne idée, n’hésitez pas et montez vos projets, vous êtes encore libres ! Je m’explique : vous n’avez généralement pas encore de prêt à rembourser, vous êtes mobiles, n’avez pas encore la responsabilité d’une famille, etc. Cela peut-être un très bon moment pour se lancer. Il peut être difficile d’envisager la création d'une entreprise en sortant d’école mais restez alerte : au cours de vos stages et vos premières expériences en entreprise, vous allez exercer des fonctions et aborder des sujets qui seront pourront constituer des formidables opportunités par la suite.


Par exemple : le fondateur d’HEMARINA, mentionné plus haut, avait découvert les vers arénicoles et leurs propriétés au cours de recherche réalisées au sein du CNRS. Ce n’est que quelques années plus tard qu’il trouva une application pratique à ces vers et fonda sa société.


Quant aux actifs, profitez de vos expériences professionnelles, et de votre compréhension du secteur pour proposer des projets viables répondant à des besoins réels de votre filière !




La question de l’échec

Conseil pour les porteurs de projets : comme dit précédemment, environ 50% des projets financés se soldent par un échec. Ce qu’il faut savoir, c’est que l’échec ne constitue pas la fin de l’aventure, les expériences que vous aurez vécues pourront soit :

  • dans le cas d’un retour au salariat : parfaitement se valoriser sur un CV et être reconnu par vos employeurs pour la prise de nouvelles responsabilités

  • être la source de nouveaux projets, reliés aux problématiques et opportunités que vous aurez soulevées. Par ailleurs, il ne faut pas avoir peur de soumettre de nouveaux projets aux collectifs de Business Angels. Pour un groupe d’investisseurs, un candidat postulant pour un projet qui a déjà échoué peut toujours être intéressant car il aura gagné en expérience et maturité, et on peut attendre qu’il ne refera pas les mêmes erreurs.


Un grand merci à Jean-Pierre pour ce partage d’expérience et ces précieux conseils ! Si vous souhaitez le contacter , voici son adresse mail : jp@stephan.bzh


Le projet Lumière Sur a pour but de mettre en avant les alumnis de l’école pour vous présenter la richesse de leur parcours et leurs projets. Nous essaierons ainsi de vous proposer régulièrement un nouveau profil en espérant créer des vocations, faciliter les prises de contact, partager les bonnes nouvelles et beaux projets.


Le format est encore récent et nous sommes toujours à l'écoute de vos remarques et suggestions ! Toujours à la recherche de nouveaux rédacteurs motivés et de nouveaux profils à découvrir, n'hésitez pas à nous contacter (enscbp.alumni@gmail.com) pour :

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